bandeau des SIS Sèvres

Les anciens élèves écrivent

Une Education Anglaise

de Christian Lehmann

Elève des Sections Internationales de 1968 à 1972, Christian Lehmann est médecin généraliste depuis plus de 20 ans, et écrivain. Il est notamment l’auteur du best-seller No pasarán, le jeu (Ecole des Loisirs), de La Folie Kennaway (Rivages Noir), et de Patients, si vous saviez (Robert Laffont). Révolté par la convention médicale et le lobby des labos, il lance en 2004 le Manifeste contre la réforme de la Sécurité Sociale, qui recueille plus de 30 000 signatures. Son dernier livre, Sarkolangue (Ramsay) est paru en mai 2008.

La publication d’Une éducation anglaise (Editions de l’Olivier, 2000) permet à Lehmann « de placer enfin dans une conversation la phrase [qu’il] répète depuis douze ans devant la glace : " C’est une excellente question, Bernard Pivot, et je vous remercie de me l’avoir posée..." ».

Critique du livre
d’Olivier Kaiser (parent d’élève)

Une éducation anglaise, de Christian Lehmann, est l’un des meilleurs exemples que j’aie lus depuis longtemps de ce que l’on appelle les "coming-of-age stories" en anglais, et que l’on peut traduire par histoires de passage à l’âge adulte. On pense par exemple à Portnoy’s Complaint (Portnoy et son complexe) de Philippe Roth, auquel Lehmann accorde d’ailleurs quelques paragraphes croquignolets dans son livre, ou encore à The Catcher in the Rye (l’Attrape-Cœurs) de J.D. Salinger. Des références avec lesquelles Lehmann soutient la comparaison, ce qui est tout dire !

Lehmann est un ancien élève des Sections Internationales : elles ont donc droit dans ce livre autobiographique à une mention notamment qui pour être brève n’en donnera pas moins des regrets aux élèves actuels des Sections, qui se demanderont où sont passés les révolutionnaires d’antan :

"Mais dès mon arrivée en sixième, dans une section internationale, une des rares expériences pédagogiques de l’époque, j’avais perçu l’atmosphère de permissivité dégagée par les plus révolutionnaires de nos professeurs, et décidé d’en profiter au maximum. Ces hommes et ces femmes (...) avaient mis en place au sein même du lycée ce phalanstère idyllique où, dans une cacophonie digne de la tour de Babel, nous laissions libre cours à notre imagination (...) quand les élèves du lycée français, les ’normaux’ comme nous les appelions avec mépris, se tapaient des contrôles de mathématiques et des devoirs de sciences naturelles."

Avec un talent d’autant plus grand qu’il s’efface derrière son sujet, Lehmann nous fait vivre ou revivre les délices comme les affres de l’adolescence : les premiers émois, la mort d’un grand-père, la découverte de la politique ou de la religion, les lectures et les voyages qui sont tous deux censés former la jeunesse, l’aider à faire ce pas vers l’âge adulte que tant de "grandes personnes" ne sont, au fond d’elles-mêmes, pas sûres d’avoir jamais complètement franchi.

L’attrait supplémentaire de ce livre, qui le rend particulièrement approprié aux élèves (ados) et parents d’élèves des SIS, est le biculturalisme de l’auteur, dont la famille maternelle est anglaise. Une grande partie du livre se passe de l’autre côté de la Manche : une convention de science-fiction assez déjantée à Brighton, un premier baiser offert par une femme mûre en mal de tendresse, l’alcoolisme banal qui fait des ravages chez ses cousins. L’opposition caricaturale entre "la famille triomphante du Jésus catholique" et "le Jésus basculant dans le néant, happé par le doute, des anglicans." Une entente certes cordiale, mais qui reste un challenge entre les deux cultures.

Le premier chapitre du livre s’intitule, en une sorte d’hommage perverti à Proust, "J’ai volé des livres de bonne heure". Heureusement, il en a aussi écrit, et je vous recommande de vous procurer cette Education anglaise, si possible de façon légale...

Dernière modification le 07-06-09 par Cynthia Kaiser