bandeau des SIS Sèvres

Les anciens élèves écrivent

Que reste-t-il 35 ans plus tard de ces cours de sciences naturelles et de travaux manuels ?

Par Hiroshi Sakamoto (bac en 1977)

Mercredi 9h30, 4 octobre 2006.

Jacques vient de finir son discours de bienvenue, c’est maintenant au tour de mon collègue Gérald de présenter l’activité de son groupe de recherche. Les diapositives se succèdent sur l’écran de la salle de conférence du CIEP. On devine dans la pénombre les millions de neurones des 150 scientifiques qui se mettent au travail, pour lutter contre les dégâts causés par ces parasites aux noms évocateurs : Plasmodium, Trypanosoma, Leishmania...

J’abandonne par la pensée mes collègues du Département de Parasitologie de l’Institut Pasteur en congrès, car mon regard est irrésistiblement attiré par la dernière fenêtre de la salle de conférence. Je connais cette vue... sauf qu’à l’époque les grilles en fer forgé du CIEP n’étaient pas bleu clair, elles étaient beaucoup plus sombres, vertes ou noires ?

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Le Ciep, aujourd’hui Centre international d’études pédagogiques, accueillait à l’époque des classes du lycée.

Brusquement c’est le printemps. Nous sommes en rang à l’extérieur du CIEP, c’est l’heure du déjeuner, et on attend « sagement » d’entrer dans cette toute petite pièce pour se mettre à table. Les 6e sont regroupés dans cette petite annexe provisoire de la cantine, où on a juste assez de place pour se glisser entre la table et le mur pour rejoindre sa place.

Le manque de confort n’a aucune importance : je viens d’entrer dans les Sections Internationales du Lycée de Sèvres, et tous les jours c’est un monde nouveau qui s’étale devant mes yeux émerveillés. Désormais plus rien ne sera pareil pour moi. Thomas passe-moi la salade ! Et bon sang que Daniela est mignonne, mais elle est bien trop grande pour moi... heureusement elle parle français, c’est déjà ça !

J’ai un mal fou à me concentrer sur ce que raconte Gérald, cette dernière diapo est bien trop compliquée, et je ne vois pas du tout pourquoi la down regulation des MAP kinases va donner quelque chose d’ exploitable sur le plan vaccinal.

Aucune importance, ce coup-ci je suis complètement parti 35 ans dans le passé. Il est maintenant 19h, profitons du beau temps juste avant dîner pour faire une petite escapade. Mes collègues sont à l’intérieur du CIEP, le Lycée est désert, je peux enfin gambader chez moi tranquillement...

Au bout du couloir du CIEP l’escalier m’attend comme avant, je monte les volées de marche et je me retrouve dans la cour « du jet d’eau ». Le chemin retour de la cantine (encore !) mais plus tard en 5e. Tourner à droite dans la cour direction le porche, on passe devant les salles de TP de chimie (tiens maintenant il y a une véranda, c’est le réfectoire du personnel du CIEP).

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Portail du CIEP, côté de la rue H. Regnault. On peut y lire encore les lettres effacées par le temps : Lycée de Sèvres

Plus loin ma vieille salle de sciences naturelles est toujours là, légèrement surélevée et en saillie face à la muraille. Pensée émue pour « la vieille taupe » qui nous y enseignait les secrets de la dentition... des taupes, elle qui détestait qu’on mâche du chewing gum en classe. Quelque chose a changé... Ah oui c’est le « nouveau » réfectoire des élèves, on était venus ici à un dîner des SIS avec la classe de ma fille aînée Chizuko.

Encore plus loin la muraille de pierre est toujours aussi haute, la vieille porte en bois achève de se désagréger (j’ai jamais su ce qu’il y avait derrière cette porte ?). Ah l’escalier de pierre montant au jardin japonais est fermé par une grille, c’est pas grave je vais faire le tour. Me voilà sur la passerelle de jonction avec l’ancien 1e cycle. Le mur du préau est plein de traces de ballons comme d’habitude, le petit amphithéâtre derrière est toujours bien entretenu, allons jeter un coup d’œil aux Binelles.

Ouf ça grimpe toujours aussi dur ici... voilà l’escalier du fond qui donne sur la rue des Binelles (là où j’étais resté coincé un jour avec ma moto...) mais la grille est fermée. Je fais comme les gosses et ferme les yeux pour voir à l’intérieur du bâtiment des travaux manuels. L’odeur du rotin humide me saute aux narines, puis celle de la colle pour le cartonnage, j’entends le bruit de l’étau-limeur de l’atelier de mécanique.

Le jour commence à baisser, la lumière dorée sera parfaite dans le jardin japonais, allons-y ! Il y a maintenant des grilles qui interdisent l’accès aux élèves, il faut donc retourner dans la cour du jet d’eau du CIEP et monter par l’escalier de pierre face au bassin. Trou de mémoire en passant devant le petit pavillon d’exposition posé sur le haut de la muraille : il y avait là exposé quelque chose qui n’y est plus... Un instrument de mesure ? Vague souvenir à propos du « mètre étalon » du musée des poids et mesures. Aïe c’est M. Piha qui va encore me tirer les oreilles !

Dans le jardin japonais, la douce pénombre est toujours aussi accueillante, le bassin est vide mais les bambous sont fidèles à leur place contre le mur du fond. Les arbres ont grandi autour des vieux bancs de pierre, témoins de pas mal de confidences tendres et émues. Avant de redescendre dans la cour du jet d’eau, le regard s’accroche à un étroit passage entre deux petites haies soigneusement taillées, qui court tout au long du haut de la muraille.

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La fontaine du CIEP

Personne à l’horizon (ah oui ça doit bien être interdit d’aller là...) hop je me glisse avec délice dans ce couloir végétal qui s’enfonce je ne sais plus très bien où. Un peu plus loin la muraille rejoint une aile des bâtiments du CIEP. S’ouvre à cet endroit une porte donnant sur une petite cuisine, on se croirait à la campagne chez soi. Encore un peu plus loin la muraille surplombe la dernière cour du CIEP, celle qui donne du côté de la piscine de Brimborion. Au bout de la muraille trône un banc de jardin blanc, face à une vue imprenable sous le soleil couchant. En bas dans la cour trottine un très jeune lycéen asiatique, vêtu comme dans les années 60 avec son cartable en cuir sur le dos. Dépêche-toi un peu Hiro, sinon tu vas louper le 169 !

Que reste-t-il 35 ans plus tard de ces cours de sciences naturelles et de travaux manuels ? Après avoir passé mon Bac en 1977 et mon Doctorat en Génétique Moléculaire en 1984, j’ai entamé une carrière scientifique à l’Institut Pasteur où j’exerce encore actuellement. Mon goût pour les travaux manuels s’est notablement aggravé, la construction de voitures de course anciennes est devenue une occupation majeure au même titre que mon métier de chercheur. La tradition des SIS s’est transmise à mes filles, puisque mon aînée Chizuko y a effectué toute sa scolarité.

Actuellement en 2e année d’études universitaires scientifiques, elle retransmet à son tour ce qu’elle a appris aux SIS, en guidant les étudiants étrangers de la Faculté de Jussieu. La boucle est donc bouclée, un grand merci aux SIS et à leurs fabuleux enseignants !

Dernière modification le 16-11-08 par la Direction