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Vos questions

La pédagogie dans les sections internationales allemandes

Par Jean-Claude Lescure (Membre du CA)

Les enseignants des classes allemandes ont présenté les spécificités pédagogiques du système d’enseignement allemand lors d’une réunion avec les parents en décembre dernier.

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En suivant la scolarité aux SIS, les enfants naviguent entre deux mondes, entre un continent français connu et repéré, et des îles allemandes où des règles et des pratiques différentes s’appliquent.

L’adaptation d’un monde à l’autre est permanente pour les enfants qui font des efforts et doivent être soutenus et encouragés pour ce va-et-vient culturel. Entre la vie de classe, le travail au collège et le travail à la maison, ils naviguent d’un monde à l’autre.

La vie de classe

Les principes et pratiques pédagogiques sont constitutifs du travail d’apprentissage qui vise à développer progressivement l’autonomie des enfants, à en faire des élèves acteurs, actifs, responsables de leurs apprentissages. Un postulat de départ est appliqué : les élèves ont des idées, des avis, qui ont autant de valeur que celles de l’enseignant ; ils doivent apprendre à les exprimer et à les enrichir dans le respect de tous, afin de gagner en confiance en soi et en indépendance.

Ils acquièrent ainsi des compétences sociales : apprendre à écouter les autres, pour chercher une explication ensemble, ils s’éduquent à la vie de groupe.

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La disposition des tables joue un rôle important : elles forment un U, pour se voir, pour éviter le cours magistral, favoriser le travail en équipe, en binôme, et permettre la discussion entre élèves.

La forme de communication entre les élèves obéit à des règles, elle n’est pas faite pour s’amuser mais pour travailler différemment : l’interaction, qu’elle soit entre les élèves, ou entre les élèves et l’enseignant, est essentielle. L’enseignant donne des indices, montre le chemin à des élèves qui trouvent les solutions eux-mêmes.

Même en 6e B, quand les moyens d’expression sont pauvres dans une langue qui n’est pas familière, ils arrivent à répondre, à poser des questions, à communiquer entre eux. Dès lors, les enfants bénéficient de plus de liberté d’expression que dans la pédagogie française classique, et pour que cette communication fonctionne, ils doivent apprendre l’autodiscipline, des règles du jeu particulières qu’ils mettent du temps à comprendre. Ce dispositif demande plus d’attention que dans un cours magistral, car il faut suivre pour intervenir.

Le travail au collège

L’apprentissage d’une langue se fait devant des enfants dont les acquis sont différents, l’hétérogénéité domine dans un groupe : deux enfants devant le même texte n’ont pas les mêmes difficultés, ils ne sont pas égaux. Celui qui a un vocabulaire riche devra en faire moins que celui qui a un vocabulaire restreint. Le travail personnel est essentiel pour progresser, et il s’appuie sur une pédagogie individuelle, individualisée.

Le travail à fournir est différent pour les uns et pour les autres, ce qui n’est pas toujours évident pour les enfants qui ont donc besoin d’encouragement.

La pédagogie allemande, en langue comme en histoire-géographie, insiste sur la participation orale. L’enseignement de l’allemand langue étrangère s’est transformé et s’intéresse à la psychologie des enfants. Il s’agit moins d’imiter que d’expérimenter, pour que les acquis se mettent en place. Les enseignants encadrent et conseillent les enfants. Si l’élève accepte la démarche pédagogique, participe activement aux discussions en classe, écoute régulièrement les CD de langue, séjourne en Allemagne pour acquérir les réflexes, il peut passer son Abitur en terminale.

Les élèves du groupe B ont des difficultés spécifiques

Ils ne sont pas habitués à cette démarche pédagogique, à travailler en équipe, dans le respect de chacun. Ils commencent par apprendre à travailler en groupe, à profiter les uns des autres, à s’entraider. Il leur faut devenir responsable d’un travail de groupe cela ne veut pas dire bavarder avec le partenaire, mais bien faire quelque chose ensemble.

C’est une pédagogie par imprégnation qui est développée : comprendre pour apprendre, et non apprendre sans comprendre. Il est par exemple difficile de comprendre les notions d’accusatif, comment aider les enfants ? La multiplication des exemples dès la 6e permet à l’élève de connaître l’accusatif avant même de l’apprendre. Il n’apprend pas un tableau, mais l’emploi grammatical de cet accusatif dans une structure plus complexe. Cela se met en place lentement ; les cas sont introduits un par un : accusatif en 6e, puis datif et génitif. L’apprentissage s’appuie sur le travail sur un texte, sur le contexte, et les enfants découvrent eux-mêmes les règles grammaticales explicitées par la suite.

Les notes sont un moyen d’évaluation des acquisitions et apprentissages et de contrôle pour les élèves et le professeur. Elles ne sont pas faites pour renforcer la concurrence entre les élèves, pour démotiver les plus faibles. Aucune moyenne de groupe ou de classement ne sont réalisés. Les notes prennent en compté à égalité la participation orale et le travail écrit, car la langue est orale et écrite. Elles tiennent également compte des efforts fournis, car ce qui est exigé, c’est la motivation, qui est la base de l’apprentissage d’une langue.

Le travail à la maison

Les formes de travail en classe ne sont pas celles de la maison. Les parents jouent un rôle, ils accompagnent, mais ne font pas à la place de l’enfant qui doit revoir les cours, apprendre le vocabulaire, collectionner ses erreurs typiques pour bien les identifier, y faire face, et mettre fin à cette faiblesse. Il faut donc reprendre le travail corrigé, revenir sur les fautes entourées pour les reprendre, les corriger et les retenir. Ce catalogue des erreurs permet de créer une prise de conscience pour éviter les mêmes fautes.

Ce catalogue peut prendre la forme d’un cahier ou d’un classeur, c’est un outil pour réviser et apprendre. Outil un peu difficile pour les élèves de 6e, qui ne peuvent pas encore se corriger seuls, il est mis en place systématiquement en 5e. Structuré avec des parties différentes, il est complété spontanément par les enfants avec leurs fautes. Il se construit progressivement de la 5e à la 3e, et continue d’être utilisé au lycée.

La liste du vocabulaire doit être complétée régulièrement, à partir de la 5e, en utilisant le dictionnaire unilingue (c’est trop tôt en 6e). Les élèves s’entraînent à relever les structures qu’ils trouvent dans le texte (synonymes, antonymes…) et font travailler la mémoire. Les élèves peuvent gérer eux-mêmes leur apprentissage : avec une idée, des mots nouveaux sont à utiliser, en s’appuyant sur la correction – validation de l’enseignant.

Le travail à la maison repose davantage sur l’écrit, pris au sérieux par les élèves, qui connaissent la tradition française de la valorisation du travail écrit. Les francophones ont besoin de ce travail écrit pour affirmer leur style ; les termes du professeur, ceux qui apparaissent pendant le cours sont à apprendre pour enrichir le vocabulaire utilisé à l’écrit. Les bilingues reformulent plus facilement pour être compris, mais ils ont à faire un effort à l’écrit.

L’histoire géographie reprend les mêmes méthodes et capitalise dessus. C’est le carrefour entre deux systèmes éducatifs. En Allemagne, le but est moins de développer la culture générale de l’élève, la matière est conçue pour aider l’élève à réfléchir sur le monde contemporain, qu’il changera, il doit comprendre que les hommes sont les acteurs du changement du monde contemporain. La formation vise également à développer le regard critique sur les textes, les sources, car chaque texte reflète son producteur, le contexte historique de l’acteur. C’et pourquoi la technique de l’analyse du texte est importante. L’OIB vise à expliquer le texte et à apprendre à formuler des opinions personnelles. Le contenu du programme français s’applique, et en classe de troisième, les élèves passent le brevet à option internationale, qui est le même brevet, une épreuve française mais rédigée en allemand.

La notation repose sur des exercices écrits et la participation orale, pour 50% chacun. En règle générale, les élèves sont plus à l’aise à l’oral qu’à l’écrit qu’ils doivent donc davantage travailler, pour acquérir le vocabulaire et les expressions spécifiques. Ils s’entraînent donc très vite à écrire des textes.

C’est donc par une imprégnation progressive, réalisée en classe par un travail d’équipe, à la maison par un travail personnel, et par des séjours à l’étranger que la formation en section internationale s’opère. Pour faire face à ces demandes, les enfants ont besoin d’encouragements, et ils méritent d’être félicités pour leur engagement.

Dernière modification le 01-03-10 par la Direction