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Les anciens élèves écrivent

J’étais zinter

Par Riccardo CERIANI

C’était un beau matin de septembre 1970, je venais de poser le premier pied dans l’enceinte du lycée international de Sèvres, où je rentrais en 6e12. Je me souviendrai toujours de ce moment...

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La classe de 6e12 en 1970
Riccardo est au deuxième rang cinquième à partir de la gauche. L’américain aux cheveux longs est au dernier rang, deuxième à partir de la gauche, et son adversaire asiatique à la gauche de Riccardo sur la photo. Selon Riccardo, le jardin japonais offert en 1925 par Albert Kahn existe toujours au CIEP, mais il est un piteux état.

Un jeune garçon américain aux cheveux longs et bouclés, tout vêtu de rouge, poussait brutalement au sol un asiatique qui mettait en doute, moqueur, sa virilité. Ils ont roulé dans la poussière un petit moment, avant de se relever et d’éclater de rire en voyant l’état de leurs vêtements respectifs. Ces deux-là étaient dans ma classe, une classe qui faisait un peu tache au milieu de celles des sections françaises. Nous étions les « zinters ».

Les autres, nous les appelions « les normaux ». Nous nous considérions sans doute comme des bêtes à part, dans notre petit cocon international, encerclés par tous ces français de souche qui nous regardaient bizarrement. Les sections ne comptaient, alors, qu’une seule classe par niveau, de la 6ème à la 3ème.

Anglais, américain, mexicain, roumain, japonais, canadien, tchèque, italien, vietnamien, thaïlandais, hollandais, allemand, russe, brésilien, nigérian, français... 16 nationalités différentes étaient représentées dans ma classe de sixième.



À cette époque, les Sections Internationales ne se partageaient pas en section anglophone et section germanophone. Le simple fait d’être étranger ou français revenant d’un pays étranger donnait accès aux Sections.

L’apprentissage de l’anglais était aussi important qu’aujourd’hui, dispensé par des professeurs de langue anglaise. Nous étions répartis par groupes de niveaux en français également. En effet, beaucoup d’élèves arrivaient directement de leur pays d’origine, sans parler un traître mot de français. J’ai le souvenir de cours de mathématiques, où notre professeur, M. Attas, traduisait parfois en anglais, parfois en grec, parfois en italien, pour tel ou tel élève qui était visiblement perdu. J’en profite pour rendre hommage à cet homme hors du commun qui a su faire aimer les mathématiques à des générations de zinters, avec humour, patience et gentillesse.

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Déjà les sorties jouaient un grand rôle dans la pédagogique des sections

Je me souviens de la boutique bleue. C’était une toute petite échoppe près de l’entrée du CIEP. On y vendait exclusivement des bonbons... le paradis pour les jeunes collégiens que nous étions.

Je me souviens de la blouse que nous portions en classe et qui était obligatoire ! Je me souviens de parties de foot endiablées dans la cour et de la surveillante qui nous confisquait le ballon car on faisait trop de bruit.

Je me souviens du jardin japonais, au-dessus du CIEP. Lorsque nous étions au collège, c’était le lieu d’évasion par excellence, où nous pouvions laisser libre cours à notre imagination de jeunes explorateurs. Quelques années plus tard, lycéens, nous revisitions ce lieu magique en charmante compagnie, sous un éclairage romantique qui nous avait totalement échappé jusque là.

Ce n’était pas toujours facile pour nos professeurs de gérer autant d’élèves porteurs de cultures aussi disparates, mais pour nous c’était un bonheur inestimable. Nos différences, cet esprit de solidarité qui nous unissait, cette étrange période post ‘68, riche en expériences pédagogiques dont nous étions les heureux cobayes (Sèvres était un lycée pilote), tous ces facteurs cumulés ont laissé une empreinte indélébile en chacun de nous.

Dernière modification le 16-11-08 par la Direction