by Ruairi McCann
Great Gatsby, roman de Francis Scott Fitzgerald publié en 1925, a été adapté pour les Sections Internationales par Ruairi McCann. L’histoire se déroule à New York dans les années 1920...
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Après avoir lu la traduction française, Jean Cocteau a décrit Gatsby le magnifique comme « un livre céleste: chose la plus rare du monde ». Mon enthousiasme surpasse le sien. Gatsby le magnifique contient la plus belle écriture en langue anglaise jamais composée. Et non seulement dans un paragraphe ou deux, mais tout au long de pages et de pages, où la prose liquide de Fitzgerald coule comme un fleuve d’or, « an incomparable milk of wonder ».
Aux yeux de Fitzgerald, l’Amérique de « l’âge du jazz » faisait « la java la plus grande et la plus bariolée de son histoire ». Ce n’est pas difficile à imaginer – toutes les conditions étaient en place : une moralité perçue comme dépravée après la première guerre mondiale ; l’impact de la prohibition et la contagion résultante du crime organisé ; l’imagination populaire qui faisait des gangsters des objets de peur et de fascination, et même, de symbolisme sexuel ! ; une époque de boom économique et d’agitation syndicale ; les excès croissants des riches ; les énormes bonds technologiques (pensez aux automobiles reluisantes, au téléphone et au cinéma) ; la spectaculaire épidémie de publicité et de consommation ; l’immigration de masse et les efforts pour la limiter ; le desserrement des carcans sociaux et sexuels, et surtout, une période de liberté sans précédent pour les femmes.
J’espère que nous avons su rester fidèles à cette grande java bariolée tout au long de notre humble représentation.
Adapter Gatsby au théâtre (avec toutes les particularités de la scène des SIS, comme par exemple le besoin de créer presque deux cents personnages dans un roman qui en contient moins de vingt – en ce sens notre pièce est un produit de l’école Paddy Salmon) est un exercice délicat. Personne ne veut mettre à l’agonie ce qu’il adore. Pour cette raison, nos « Nick Carraway » (nous en avons deux !) salivent presque la prose de Fitzgerald sur la scène chaque fois qu’ils en ont l’opportunité.
Nous avons injecté pas mal d’humour dans l’histoire, parfois de façon anachronique et grotesque, parfois de façon poignante et nostalgique. Nous espérons que les thèmes du roman originel se refléteront dans notre pièce : le rêve américain se dévoile comme un échec corrompu – « le sein vert et frais du nouveau monde » comme il est apparu à ces premiers explorateurs, est remplacé par les « champs obscurs de la république » ; le Romantisme transporté dans l’Amérique des années 20s, un rossignol Keatsien « brisé comme du verre » face à « la dure malice » du capitalisme et du matérialisme brutal ; mais aussi l’excitation et la vigueur de l’Amérique moderne, un présage du rêve américain devenu global ; l’argent (ancien, nouveau, érotique, créatif, criminel, corrupteur, contaminant) comme toile de fond omniprésente ; une exploration de la sexualité et des genres où les définitions sont instables et incertaines. Il y a potentiellement des centaines de façons de démêler les significations de ce roman, et nous espérons que notre pièce (même avec ses prodigieux anachronismes et la farce que nous aimons y introduire) fera allusion au moins à certains d’entre elles.
Les 24, 25 et 26 mars, nos 150 comédiens piétineront la scène du théâtre du SEL à Sèvres, les musiciens affineront leurs divers instruments, nos très créatifs guerriers des coulisses se bousculeront à l’arrière. Si vous voulez vivre un spectacle aux proportions extravagantes, et si vous pensez être capable d’y faire face, venez voir Gatsby le magnifique!
Vive le Play!
Dernière modification le 01-05-10 par